Copenhague : un accord qui laisse à désirer

Publié le par Dimitri Chuard

Un article publié dans Nature hier revient sur l'accord de Copenhague. Et pose cette question : si les engagements qui y ont été pris, chiffrés dans les documents remis depuis au secrétariat de la Convention climat des Nations Unies, sont tenus, que peut-on en espérer au plan climatique ? La réponse fait réfléchir : dans le meilleur des cas, ils ne permettent pas de limiter le réchauffement global aux 2°C recommandés par les scientifiques, et comportent un risque sérieux de dépasser les 3°C. Voici le graphique qui résume leur travail :

copenhague

Les auteurs de l'article, une équipe du Potsdam Institute for climate impact Research dirigée par Joeri Rogelj, se sont livrés à quelques calculs sur la base des documents envoyés par les gouvernements. Ces calculs prennent en compte non seulement les objectifs pour 2020, mais aussi les objectifs de long terme pour 2050. Dans le texte final de Copenhague, il n'y a pas de chiffres sur un objectif d'émissions globales pour après 2020. Alors que la version préliminaire comportait le -50% pour 2050 et le -80% pour les pays industrialisés de l'Annexe-1. Toutefois, de nombreux pays, y compris les Etats-Unis, ont fait mention d'objectifs de ce type dans les documents officiels envoyés à l'ONU après le 31 janvier 2010. Si l'on cumule toutes les déclarations envoyées, elles correspondent aux pays qui, aujourd'hui, contibuent pour 80% aux émissions mondiales.

L'équipe de Joeri a d'abord traduit ces chiffres en tonnes de carbone émis dans l'atmosphère. Ils ont complété les données disponibles par des estimations raisonnables pour les pays manquants et tenu compte des effets négatifs du commerce international des droits d'émissions. Ils ont également calculé les émissions dues aux changements dans l'usage des sols et l'évolution des forêts. Ce faisant, ils ont souligné le caractère modeste de certains engagements. Ainsi, même celui de l'Union Européenne, pourtant le plus ambitieux, propose une diminution annuelle des émissions d'ici 2020 inférieure à celle enregistrée pour les 30 dernières années en moyenne. Quant aux Etats-Unis, avec un objectif de -17% en 2020 sur la base des émissions de 2005, ils seront juste à -3% sur les émissions de 1990.

Les scientifiques ont bâti deux scénarios, l'un "optimiste", l'autre "pessimiste". Le premier suppose que tout le monde tient ses engagements et que le négoce des permis d'émissions ne se traduit pas par des émissions en hausse, et que les promesses de ralentissement de la déforestation tropicale sont tenues. Bilan ? « Si les nations restent sur la base des promesses pour 2050, l'accord de Copenhague ratera certainement l'objectif des 2°C supplémentaires. Notre modèle montre une probabilité supérieure à 50% de dépasser un réchauffement supérieur à 3°C. »

Sciences²

Publié dans [Lumière sur...]

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