Objectif Mars : la politique spatiale mi-figue, mi-raisin d'Obama

Publié le par Dimitri Chuard

obama-au-KSC.jpgC'est sans surprise que le président des États-Unis, Barack Obama, a publiquement présenté ce 15 avril le programme spatial qu'il souhaite mettre en oeuvre. Dans un discours prononcé  au Centre spatial Kennedy, en Floride, il a défendu son projet d’abandon du programme Constellation et a réaffirmé des décisions déjà annoncées : la fin des navettes spatiales, l'abandon d’un retour rapide sur la Lune, la privatisation de l’accès à l’espace grâce à des partenariats public-privé et le prolongement de la durée de vie de la Station spatiale. Il fait également le pari d’une coopération internationale élargie à tous les aspects de l’exploration un axe fort de son programme.

Il a également assuré être "à cent pour cent dévoué à la mission de la NASA et à son avenir", affirmant que les programmes spatiaux n'étaient pas un luxe pour les États-Unis, mais bien une "nécessité". Par cette formule rassurante envers les employés du secteur spatial, menacés de chômage par l'arrêt des vols de navettes et l'abandon du programme lunaire Constellation, Barack Obama a affirmé sa volonté de voir les États-Unis poursuivre leur exploration de l'espace. La NASA recevra ainsi une rallonge budgétaire de six milliards de dollars sur les cinq prochaines années.

Le président étasunien qui souhaite s’affranchir des technologies actuelles qui ont fait des États-Unis le leadership dans le domaine des vols habités et de l’exploration veut faire « un bond dans le futur et ne plus poursuivre sur le même chemin qu'avant ». Il n’a pas détaillé ses plans, mais on suppose qu'en s’appuyant sur le monde universitaire des États-Unis, le développement de nouvelles technologies et l’absence de feuille de route qui n’impose ni objectifs ni délais, Obama fait le pari que de nouveaux objectifs se matérialiseront d’eux-mêmes à mesure que son pays se dotera de nouvelles capacités technologiques capables de rendre le voyage spatial plus sûr et plus simple.

Pour ne pas perdre le bénéfice de tout le travail engagé dans la capsule Orion (imaginée pour le programme Constellation), Barack Obama a décidé que sa construction se poursuivrait. Mais Orion ne servira pas à acheminer des astronautes étasuniens vers l'ISS. Elle sera transformée en chaloupe de sauvetage lancée à vide et qui ira s'amarrer à la station. Elle garantira ainsi le retour sur Terre de l'équipage en cas de problème et sans dépendre d'une autre nation. Cette dépendance existera toutefois pendant plusieurs années à partir de novembre prochain, date du dernier vol de navette spatiale, pour atteindre l'ISS puisque les astronautes étasuniens devront acheter leurs places à bord des Soyouz russes.

VASIMR spacecraftL'objectif affiché est d'envoyer des hommes au-delà de la Lune à partir de 2025. Les astéroïdes géocroiseurs, mais aussi les satellites de Mars et les points de Lagrange, sont ainsi les destinations désignées du nouveau programme étasunien. Pour cela, la NASA entreprendra la construction d'un lanceur lourd dès 2015. Celui-ci sera chargé de propulser un vaisseau spatial entièrement nouveau au-delà de l'orbite basse. Trois milliards de dollars seront consacrés à ce projet. Ces différents objectifs serviraient de tremplin à une mission ultérieure vers Mars. Sur cette question, et comme chaque président américain l’avait fait avant lui, Barack Obama y est allé de son couplet en annonçant une première mission habitée vers Mars en 2035, une date qui laisse songeur quant à la réelle volonté d’Obama de relever ce défi. Il a toutefois affirmé vouloir "être là pour le voir".

Dans l'intervalle, l'accès à l'orbite basse, où se trouve la Station spatiale internationale (ISS), sera confié au secteur privé. Sur ce point, Barack Obama a dit : "La NASA a toujours compté sur l'industrie privée pour l'aider à concevoir et à construire les véhicules qui transportent les astronautes dans l'espace, depuis la capsule Mercury, qui a conduit John Glenn en orbite presque cinquante ans auparavant, jusqu'à la navette Discovery, actuellement en orbite au-dessus de nous". En achetant les services de transports spatiaux vers l'orbite basse, la NASA pourra se consacrer à l'exploration plus lointaine. En même temps, les entreprises en compétition sur ce marché devraient accélérer le rythme de leurs innovations.

AS11-40-5903HR.jpgCe discours intervient à la suite de vives critiques formulées par de nombreux parlementaires et d’anciens astronautes, comme Neil Armstrong, qui n’acceptent pas l’idée que les Etats-Unis renoncent aux vols habités. Tous sont conscients qu’aujourd’hui se joue le leadership dans l’espace des deux ou trois prochaines décennies qui seront l’ère des activités spatiales routinières où la question sera de vivre et de travailler dans l’espace. Alors, recul des ambitions américaines ou pose dans la marche en avant de l’Homme vers de nouveaux horizons ? Aujourd’hui, sans plus d’informations sur les plans réels de l’administration Obama, il est difficile de répondre. Face à l'intention de s’appuyer sur le secteur privé pour assurer le futur de l'exploration humaine du Système solaire, on peut se demander s’il ne s’agit pas d’un moyen déguisé de repousser aux calendes grecques le retour des Etats-Unis dans l’exploration. La question de l’utilité des vols habités et des programmes spatiaux, dont la durée dépasse de loin l'horizon politique de leurs décideurs, refait surface et d’aucuns se demandent à quoi cela sert, d’autant que cela coûte très cher...

Aujourd’hui, il est raisonnable de penser que si Mars est le prochain monde à conquérir, le Système solaire ne sera pas réellement colonisable tant que le coût de lancement n'aura pas été divisé par un facteur dix voire cent. D'ici là, on continuera de faire ce qu'on fait aujourd'hui, c'est-à-dire offrir à des astronautes des tours en orbite basse. Il est à craindre que pendant plusieurs décennies on ne soit pas capable de pousser plus loin les explorations...

D'après C&E et Futura Sciences

Publié dans [Lumière sur...]

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