La dimension artistique cachée des images de Hubble

Publié le par Dimitri Chuard

A l'occasion du vingtième anniversaire du télescope spatial Hubble, les astronomes et les passionnés d'astronomie du monde entier célèbrent les profondes conséquences que ses images ont eu sur la science, aidant à mieux comprendre l'étendue de l'Univers et la petite place que nous y occupons. Mais selon Elizabeth Kessler, professeur adjointe d'art à l'Ursinus College de Collegeville, en Pennsylvanie, il est également important de s'intéresser à la construction culturelle et esthétique des images de Hubble, qui peut nous révéler autant sur nous que sur l'Univers. Rencontre.


Vous écrivez un livre sur l'esthétique des images du télescope spatial Hubble et leur relation avec la peinture romantique et la photographie. Qu'est-ce que l'art romantique a à voir avec Hubble ?

Cela commence avec la formation des images. Les données reçues par le télescope spatial ne ressemblent pas aux vues spectaculaires maintenant si célèbres. Les premières images sont en noir et blanc, striées de lignes blanches, et souvent elles manquent de détails visibles. Pour faire ressortir les données, les astronomes doivent faire des choix sur la composition, la couleur et le contraste. Le résultat est d'une ressemblance frappante avec les paysages de l'Ouest américain - Yellowstone, le Grand Canyon, et le sud-ouest des Etats-Unis - en particulier tel que représenté par les artistes et les photographes à la fin du 19ème siècle. Mais cela va au-delà de l'apparence. Tout comme les artistes romantiques ont cherché à évoquer des sentiments d'admiration et d'émerveillement - ce que le philosophe Emmanuel Kant appelle le "sublime" - les astronomes d'aujourd'hui cherchent à créer une réaction similaire aux images de Hubble. En présentant des nuages cosmiques de gaz et de poussière comme analogues aux plus spectaculaires paysages terrestres, ils incitent les spectateurs à percevoir le cosmos comme familier et séduisant, bien qu'il conserve malgré tout son étrangeté.

Qu'est-ce qui ressemble aux tableaux romantiques dans les clichés pris par Hubble ?

La composition tout d'abord. Les points cardinaux n'étant pas pertinents pour un télescope en orbite, les astronomes peuvent donc choisir la façon qu'ils souhaitent de présenter les objets astronomiques. Ainsi, les images de nébuleuses, énormes piliers de gaz et de poussière, sont souvent orientées de façon à ce que les pilliers montent vers le haut du cadre. De la même façon, la lumière semble souvent s'étendre du haut vers le bas. Il n'est pas difficile d'imaginer un objet du type de la nébuleuse de l'Aigle comme détail d'un tableau de Thomas Moran représentant les falaises du Colorado.
La couleur contribue également à l'analogie. Hubble produit des données monochromatiques et ce sont les astronomes qui recomposent les teintes à partir d'images obtenues avec des filtres différents. Et bien que les couleurs rèlevent le plus souvent d'un choix scientifique, leur signification culturelle n'en est pas moins intéressante. Aussi, un des traitements les plus populaires aboutit à des nébuleuses orangées, jaunes ou marrons, sur fond bleu. Cela ressemble beaucoup aux affleurements rocheux de l'ouest américain.

Les clichés de Hubble donnent également une idée de l'échelle du cosmos. Sur une image d'un amas d'étoiles dans le Petit Nuage de Magellan, une alternance de bandes sombres et claires attire le regard du spectacteur dans l'abîme de l'espace. Il en résulte une expérience visuelle d'une grande profondeur. C'est en somme la même technique qu'utilise Albert Bierstadt pour promener le regard du spectateur de la vallée jusqu'au sommet inaccessible du Mont Rosalie.
Qui fait ces choix quant à l'apparence des images de Hubble ?
Certains des plus célèbres clichés de Hubble, comme ceux de la nébuleuse de l'Aigle, ont été développés par les astronomes dans le cadre de leurs recherches. Toutefois, bon nombre des images les plus attrayantes d'un point de vue esthétique ont été produites par le projet "Hubble Heritage". Suite à l'engouement du public pour le télescope spatial, un groupe d'astronomes et de spécialistes du traitement d'images s'est réuni afin d'assurer un traitement régulier des plus belles images. Depuis 1998, ils ont ainsi publié près d'une image par mois.

http://www.newscientist.com/blogs/culturelab/HubbleArt2.jpgCes similitudes avec les paysages étasuniens sont-elles le résultat d'une pure coïncidence ?
Si les astronomes n'ont pas consciemment traité les images de cette façon, ils reconnaissent et encouragent néanmoins la connexion. Les communiqués de presse suggèrent souvent ces similitudes. Les processus physiques qui ont constitué la nébuleuse de l'Aigle sont ainsi comparés à l'érosion qui a façonné les Rocheuses. La nébuleuse du Cône a été décrite comme "un sommet rocheuse de gaz froid et de poussière". Sur son site, le projet "Hubble Heritage" compare également la nébuleuse planétaire NGC 3132 au Grand Prismatic Spring, la plus grande source chaude du parc de Yellowstone. Dans les deux cas, les changements de couleur traduisent des changements de température. Bien que cette comparaison vise à expliquer les caractéristiques physiques de la nébuleuse, elle encourage aussi le spectateur à y voir un paysage, tout à la fois familier et étranger.

Relier Hubble aux peintres du 19e siècle, c'est aussi aller au-delà de l'apparence et de l'évocation du sublime. Les travaux de Moran ou de Bierstadt symbolisent l'exploration, le mythe de la Frontière si important aux États-Unis. Bon nombres de ces artistes et photographes accompagnaient les relevés scientifiques lors de la conquête de l'Ouest, et leur travail a été utilisé pour promouvoir davantage l'étude scientifique des régions découvertes. A bien des égards, les images de Hubble ont une fonction similaire aujourd'hui. Elles promettent de nouveaux horizons, de nouveaux endroits à découvrir et à connaître.


Les images de Hubble relèvent-elles de l'art ou de la science ?
Elles sont faites pour servir la science, et ceux qui les produisent sont très attentifs quant à leur validité en tant que représentation scientifique. Cependant, ces images ont été exposées dans des musées d'art. Les photographies prises au 19e siècle par William Henry Jackson et Timothy O'Sullivan peuvent fournir une intéressante comparaison. Elles n'ont pas été initiallement considérées comme de l'art, mais aujourd'hui, elles sont largement reconnues pour leur contenu artistique et leur puissance esthétique. Les clichés du télescope spatial Hubble connaîtront peut-être un avenir semblable.

D'après newscientist.com (traduction exclusive)

Publié dans [Lumière sur...]

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Dany Le Du 17/06/2010 17:23



BONJOUR.
Juste un petit mot pour vous rappeler que le XX° Festival  d’Astronomie de Fleurance de tiendra du 7 au 13 Aôut 2010 dans le Gers et que nous espérons vous y rencontrer. Pour son XX°
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