L'ISS en passe d'être achevée

Publié le par Dimitri Chuard

cupola.jpgTranquillité, le dernier élément majeur livré à la Station spatiale internationale (ISS), porte bien son nom. Les astronautes de la navette Endeavour l'ont arrimé, jeudi 11 février, à la structure céleste comme un point final aux années de construction angoissée. Et ce troisième nœud de communication a été complété par sa coupole panoramique, installée lors de la troisième et ultime sortie orbitale de la mission STS-130. Le chantier - auxquels participent Russes, Américains, Japonais, Canadiens, Brésiliens et onze membres de l'Agence spatiale européenne (ESA) - est désormais considéré comme achevé à plus de 95 %.

Les quatre ultimes vols de navettes, avant leur retraite définitive à la fin de l'année, assureront des finitions auxquelles personne n'osait rêver, cinq ans plus tôt, lorsque la NASA ne parvenait pas à régler les problèmes de ses avions spatiaux après la désintégration de Columbia.

CupolaSans attendre ces fioritures, les astronautes de l'ISS ont obtenu, ces dernières semaines, trois choses cruciales pour passer des jours plus tranquilles en orbite terrestre. De la place : les équipages disposent désormais de l'équivalent d'un grand cinq-pièces pour vivre et travailler à six. Du confort : Tranquillité, fabriqué en Italie par Thales Alenia Space, accueillera certains éléments comme les toilettes, qui encombraient le laboratoire américain. Il recyclera à plus de 90 % l'urine et les eaux usées, qui pourront être consommées par les astronautes en un cycle sans fin. Annoncé par l'ESA comme le "module de vie le plus sophistiqué qui ait jamais volé", il produira de l'oxygène et filtrera également l'air ambiant.

Mais surtout, la station a gagné ce qui semblait devoir lui faire le plus défaut : du temps. Le programme Constellation de reconquête de la Lune la vouait de fait à une disparition peu après son achèvement, en 2015. Son annulation par l'administration Obama, si elle est confirmée par le Congrès, offre à l'ISS dix années d'existence garanties, jusqu'en 2020. Une période durant laquelle elle demeurera seule sur la scène spatiale, puisqu'aucun projet d'ampleur n'aboutira durant cette décennie, et que les astronautes américains n'auront plus que les Soyouz russes pour la rejoindre.

C'est là que la tranquillité prend fin. C'est là que les craintes du chantier inachevé s'effacent devant les responsabilités du projet abouti. Car, durant cette période, l'ISS va devoir justifier ses douze années de travaux et ses 165 milliards de dollars de dépenses, selon un calcul effectué par l'historien Jacques Villain en incluant le coût des vols de navettes nécessaires à sa construction. Et pour cela, atteindre deux objectifs interdépendants : gagner en visibilité, démontrer son utilité.

Le premier ne sera pas simple à approcher. Les humains n'ont que très rarement réalisé une oeuvre aussi complexe et sophistiquée que l'ISS ; mais jamais contemporains d'une telle prouesse ne s'y sont aussi peu intéressés. Pour attirer cette attention, la station doit produire des résultats. Ceux-là ne peuvent être que scientifiques puisque l'ISS a d'abord été vendue comme un laboratoire échappant à la gravité terrestre. Bien sûr, les rêves, nés de cette situation privilégiée, sont évanouis depuis longtemps. Aucun médicament miracle, aucun métal révolutionnaire ne tombera du ciel, comme le croyaient les promoteurs des usines cosmiques. La microgravité de la station, trop proche de la Terre, trop concentrée en hommes et en machines, est de trop mauvaise qualité pour laisser envisager de telles avancées. Mais pour l'heure, les premières expériences menées en orbite, aux visées bien plus modestes, n'ont guère nourri les publications scientifiques.

Martin Zell, responsable à l'ESA de la science dans l'ISS, y voit deux explications : "Pendant la période de construction, le temps dévolu aux expériences était forcément réduit. Il grimpe significativement depuis que les équipages comptent six membres. L'absence de perspective stable ne permettait pas non plus de construire des programmes trop ambitieux. Maintenant que la date de 2020 est fixée, nous allons pouvoir lancer des observations sur plusieurs années. La qualité des travaux va forcément y gagner."

obama-appelle-l-iss.jpgQuels types de travaux ? Publiées par la NASA, les premières listes ressemblent à une litanie de réponses donnée par l'ISS à une série de questions qui ne se posent pas vraiment sur Terre. Comment évolue telle plante en microgravité ? Et tel cristal ? Et tel liquide, tel ver, tel muscle, telle bactérie ? Selon les domaines, les résultats sont plus ou moins intéressants. De l'avis général, ils sont particulièrement prometteurs en physiologie et en biologie. Et la station n'est jamais aussi pertinente que quand elle répond, en base d'entraînement, aux questions techniques et humaines que va poser l'exploration au-delà de la Lune.

Elle peut aussi commencer à servir de base d'observation. Vers des phénomènes jusque-là indétectables : un volumineux détecteur d'antimatière, qui attend son tour depuis des années, va enfin prendre place dans le dernier vol de navette. Ou vers la Terre : des appels ont été lancés à la communauté scientifique pour élargir le champ de ses recherches à l'auscultation des changements climatiques. L'ESA est en train de trier les 44 propositions reçues.

"Et il ne faudrait pas oublier le formidable outil pédagogique que peut constituer l'ISS, ajoute Roger-Maurice Bonnet, président du Comité mondial de la recherche spatial. A ses moments perdus dans la station, un astronaute américain, Donald Pettit, a réalisé ses "expériences du samedi" diffusées sur Internet. Ce sont de petits chefs-d'oeuvre de vulgarisation et de démonstration de ce que permet la microgravité." Des sphères de liquide qui flottent dans l'espace, comme le whisky du capitaine Haddock : un vrai moment de magie dans un jouet hors de prix.

 

Avec Le Monde et Euronews

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Frédéric 28/03/2010 23:45


165 milliards pour tourner autour de la Terre, on aurait put refaire Apollo pour ce prix la :(

La station Mir à était moins onéreuse.


Dimitri Chuard 31/03/2010 15:35



Bonjour.


Votre remarque est le reflet d'une mauvaise communication des agences spatiales. L'ISS est souvent présentée comme ne servant en effet à rien. Il est vrai que son potentiel ne s'est pas encore
exprimé pleinement puisque sa construction ne s'achèvera que cette année. A partir de là, elle offrira un lieu d'expérimentation en apensanteur pendant dix ans.


Au sujet du programme Apollo, certains se demandent à quoi cela servirait de refaire ce qui a déjà été fait - et bien fait. C'est une des raisons qui poussent les Etats-Unis à viser Mars sans
repasser par la Lune.