Exclusif : Obama ne décrochera pas la Lune !

Publié le par Dimitri Chuard

La (re)conquête de l’espace a du plomb dans l’aile. Annoncé en 2004 par le président Bush, le programme Constellation prévoyait de renvoyer des Américains dans l’espace à l’horizon 2020. B. Obama doit s’exprimer lundi 1er février sur les objectifs stratégiques de la NASA pour la décennie à venir et proposer un budget au Congrès. Selon les indiscrétions d’un haut-responsable américain recueillies par la presse, le président Obama devrait reporter Constellation aux calendes grecques et associer les entreprises privées aux nouvelles navettes spatiales.

Contrairement aux années 1960, cet Apollo du troisième millénaire ne se contentait pas de quelques pas sur la Lune. Si le retour sur notre satellite était bien au programme, ce n’était qu’une étape vers un objectif bien plus ambitieux : la planète Mars.

Mais depuis 2004 et les discours lénifiants de W. sur la nécessité – scientifique ? politique ? géopolitique ? – d’envoyer les hommes loin de la Terre, les choses ont bien changé. D’abord, en 2004, le président américain cherchait à revigorer l’intérêt de l’Amérique pour l’espace après l’explosion de la navette Columbia un an plus tôt. Puis, la crise économique est passée par là, contraignant l’administration actuelle à revoir ses ambitions à la baisse.

Altair-Lander.jpgLors de son discours sur l’état de l’Union, mercredi dernier, Obama avait annoncé la couleur, sans toutefois viser directement la NASA : “Nous parcourons le budget ligne par ligne à la recherche de programmes qui ne sont pas efficaces et coûtent trop cher et nous les supprimerons. Nous avons déjà identifié 20 milliards de dollars que nous pourrons économiser l’an prochain”.

Cette annonce n’a pas vraiment surpris. Début 2009, dès son arrivée aux affaires, la nouvelle administration, a nommé un collège d’experts, chargé de réfléchir à l’utilité du programme. La commission Augustine a rendu ses conclusions en septembre. Si elles ne remettent pas en cause les potentiels avantages en matière de leadership scientifique et industriel, elles rappellent que le programme n’est pas parti sur de bonnes bases. Les budgets alloués par l’administration Bush n’ont pas été suffisants et, d’ores et déjà, des retards sont à prévoir.

Aussi, ce rapport souligne que le lanceur Ares-I et le véhicule spatial Orion ne devraient pas être opérationnels avant 2017. Or c’est eux – neuf milliards de dollars investis ces dernières années dans le cadre du programme Constellation – qui doivent remplacer les navettes Endeavour, Atlantis et Discovery pour acheminer matériels et astronautes jusqu’à la Sation spatiale internationale (ISS). Or ces dernières seront hors d’usage à la fin de l’année, rendant les Américains dépendants des Soyouz russes pendant sept ans.

A ce sujet, Obama devrait proposer une petite révolution. Pour accélérer la cadence, une rallonge de 6 milliards de dollars devrait être allouée à la NASA chaque année jusqu’à 2015, pour atteindre, au total, une centaine de milliards de dollars de budget.

Selon le Florida Today, l’administration américaine chercherait à s’assurer les services de compagnies privées pour l’élaboration des nouvelles navettes. D’après le New York Times qui cite un haut responsable américain, cette solution aurait pour but de “mettre la NASA dans une voie durable et plus ambitieuse pour le futur”. En clair, le secteur privé pourrait apporter le dynamisme qui manquerait à la NASA. Parmi les prétendants à ces juteux contrats figurent United Launch Alliance, partenariat entre le Lockheed Martin et Boeing ainsi que l’entreprise Space exploration technologies, dirigée par Elon Musk, qui fonda PayPal.

De budget sera âprement débattu au Congrès. Nul doute que les représentants des Américains se battront pour la survie du Kennedy Space center qui perdrait 4 600 de ses 15 000 emplois avec l’arrêt des navettes. Selon les prévisions, les navettes privées n’en créeraient que 1 700.

 

Source : lemonde.fr

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