De l'eau sur la Lune, désormais en grande quantité !

Publié le par Dimitri Chuard

Cette fois, il y a la quantité. Après s'être si longtemps dérobée aux recherches humaines, après s'être légèrement dévoilée, récemment, sous forme d'une évanescente pellicule de rosée, l'eau de Lune vient d'apparaître en masse aux scientifiques américains. Ceux-ci, comme agacés d'avoir tant attendu, ont dû recourir à la force pour obtenir cet aveu, rendu public vendredi 13 novembre. C'est la collision volontaire de deux engins de la NASA avec la surface de notre satellite naturel qui a permis de détecter l'équivalent de 95 litres d'eau gelée, stockée au fond d'un cratère proche du pôle Sud de la Lune.

Ce cratère, appelé Cabeus, avait été choisi comme cible parce qu'il n'est jamais directement exposé à la lumière du Soleil. Le froid qui y règne le désignait comme un candidat idéal pour héberger de l'eau sous forme de glace. Le 9 octobre, la sonde LCROSS y a donc catapulté un projectile. Elle a filmé la collision, traversé les débris soulevés par l'impact, avant de s'écraser elle-même sur la surface lunaire. Suivi de la Terre, ce film catastrophe s'est révélé très décevant. Aucune image n'avait pu être diffusée en direct. La NASA n'avait publié qu'une très mauvaise photo du panache de débris, beaucoup moins élevé que prévu.

Cet échec médiatique est largement compensé par la réussite scientifique de la mission. Les analyses ont mis en évidence la présence de molécules d'eau dans le panache soulevé par le choc. Et leur quantité est telle qu'aucun doute n'est permis sur leur nature.

Cette découverte met fin à des années de recherches infructueuses, commencées avec les missions Apollo. Les kilos de poussières rapportés n'avaient rien pu prouver, faute d'avoir été enfermés dans des boîtes hermétiques.

Dans les années 1990, la sonde américaine Clementine avait aperçu des traces d'hydrogène, relançant l'hypothèse de l'existence de glaces dans les cratères des pôles lunaires. Ses mesures, imprécises, n'avaient pu être confirmées. Elles le sont aujourd'hui par les résultats de LCROSS, qui démontrent que la Lune n'est pas une anomalie sèche au sein de notre système solaire. Notre satellite rentre ainsi dans la norme des astres qui nous entourent, et qui portent dans leur grande majorité des traces d'eau.

Les chercheurs vont maintenant s'attacher à comprendre l'origine de cette glace. Le cratère Cabeus est-il l'un des lieux de migration des fugaces molécules d'eau qui se forment en surface sous l'action du vent solaire ? Conserve-t-il une glace beaucoup plus ancienne, déposée là lors des premiers âges du système solaire ? Dans ce cas, son analyse pourrait être d'un grand intérêt pour reconstituer l'histoire de notre coin d'univers, et donc justifier l'envoi d'une mission scientifique.

Alors que Barack Obama doit décider prochainement du nouveau plan d'exploration de la NASA, les militants d'un retour de l'homme sur la Lune ne vont pas manquer d'exploiter cette découverte. Contre les partisans d'un vol direct vers Mars, ils vont faire valoir que la présence d'eau peut simplifier la recolonisation de la Lune, première étape vers des destinations plus lointaines.

 

Jérôme Fenoglio, "Le Monde"

Publié dans [Événement]

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