On touche enfin à l'eau sur la Lune...

Publié le par Dimitri Chuard

On a trouvé de l'eau sur la Lune ! Maniée sans précautions et amplifiée par les roulements de tambour de la NASA, la nouvelle, publiée vendredi 25 septembre dans le magazine Science, est de celles qui peuvent résonner très fort dans les médias mondiaux. Dans l'esprit des humains, l'eau est si indissociable de l'apparition de la vie et si liée à l'identité de notre planète Bleue que le constat de sa présence ailleurs dans le cosmos ne manque jamais de stimuler l'imagination.

 

Il est donc nécessaire de doucher d'emblée les enthousiasmes : il n'existe toujours pas de mer qui puisse justifier le nom donné par les anciens aux fonds plats des grands bassins lunaires. Il n'y a pas la moindre flaque, rosée ou même goutte d'eau sur la Lune. L'exposition directe de notre satellite aux conditions extrêmes du cosmos, sans la protection d'une atmosphère, y interdit le maintien de toute substance à l'état liquide. Les molécules d'eau (deux atomes d'hydrogène pour un d'oxygène) ou de sa cousine nommée hydroxyl (un seul atome d'hydrogène et un d'oxygène), telles qu'elles viennent d'être discernées par trois sondes spatiales, sont mélangées à la pellicule la plus superficielle de la poussière lunaire. Elles n'entrent que pour 0,5 % dans la composition de ces tout premiers millimètres de la surface.

 

Même en les prenant en compte, la Lune reste bien plus aride que le plus desséché de nos déserts terrestres. "Au Chili, dans l'Atacama, réputé comme le plus le plus sec, le taux d'humidité est supérieur à 10 %, explique Olivier Groussin (Laboratoire d'astrophysique de Marseille, CNRS) cosignataire de l'une des trois études. Sur la Lune, les 0,5 % calculés ne représenteraient pas plus d'un demi-litre sur une surface équivalente à celle d'un terrain de football." Pas de quoi désaltérer les astronautes comme le rêvent déjà les partisans d'une colonisation de notre satellite naturel.

 

De fait, l'intérêt de la découverte n'est pas affaire de quantité. Si elle marque un tournant dans la science lunaire, c'est avant tout comme dénouement d'un irritant mystère et comme inscription de la Lune dans les normes du système solaire. Ce retour à la normale confirme que l'eau est l'un des éléments les plus communs de notre coin d'Univers, présent, sous des formes variées, sur la grande majorité et autour des planètes, des comètes ou des astéroïdes. On sait désormais que notre satellite naturel, longtemps considéré comme une anomalie sèche, n'échappe pas à la règle générale.

 

Mais que de temps pour en être sûr ! La fin du mystère c'est aussi celle d'une impuissance scientifique, d'une incapacité à répondre de manière ferme à une interrogation posée par une si proche voisine, de surcroît le seul astre que nous ayons jamais visité. Les astronautes des missions Apollo se sont bien posés, sur place, la question de l'eau. Las, ils n'ont fait qu'embrouiller les choses. Ils ont rapporté sur Terre des kilos de poussière lunaire dans laquelle les analyses ont bien décelé des traces d'eau. Mais les boîtes qui avaient servi au transport de ces substances n'étaient pas fermées hermétiquement. Nombre des scientifiques ont fait valoir que les résultats pouvaient avoir été faussés par cette exposition à l'humidité de l'atmosphère. L'épisode Apollo s'est refermé dans la confusion.

 

Bien plus tard, dans les années 1990, la sonde américaine Clementine a aperçu des traces d'hydrogène accumulées dans les cratères glaciaux des pôles lunaires, relançant l'hypothèse de l'existence de glaces aux pôles. Mais ces mesures imprécises n'ont jamais été confirmées. En désespoir de cause, des chercheurs se sont récemment retournés vers les échantillons d'Apollo. "Dans certaines roches vitreuses, certainement remontées de l'intérieur de l'astre, ils ont vu des quantités infimes d'eau, dit Olivier Groussin. Mais ce sont sans doute des résidus de l'époque de formation de la Lune. Rien qui puisse éclairer les phénomènes de surface."

 

Capable de reconnaître des particules à des milliards d'années-lumière, l'astronomie demeurait très mal équipée pour apercevoir une molécule simple sur le corps céleste le plus proche. Sur Terre, la vapeur contenue par l'atmosphère rend vains les efforts des plus grands observatoires . Impossible d'identifier de l'eau derrière des rideaux d'eau. Et les télescopes spatiaux, dédiés à l'observation de phénomènes très lointains, n'ont pas été conçus pour observer un objet si proche et si brillant que la face illuminée de la Lune. "La quantité de lumière reflétée peut griller leurs instruments", dit Olivier Groussin. Pour en finir avec cette histoire, il fallait rien moins qu'une alliance entre sondes consacrées à l'observation de la surface lunaire et vaisseaux interplanétaires, habitués à analyser des objets proches et brillants. Ce qui vient d'advenir.

 

La sonde indienne Chandrayaan-1, qui a passé un an en orbite autour de la Lune, a donné l'alerte. Son spectromètre américain, dédié à la cartographie des minéraux lunaires, a décelé un élément chimique pouvant faire penser à de l'eau, à la limite de son domaine d'observation dans l'infrarouge. Pour clarifier la mesure, la sonde américaine Epoxi a été appelée à la rescousse. Celle-ci n'est autre que l'ancien vaisseau principal de la mission Deep Impact, qui après avoir fracassé un projectile sur une comète en 2005, a été redirigé vers un autre astre glacé. En profitant d'un passage en juin près de la Lune, elle a confirmé, plus nettement, la présence de molécules d'eau. Cela a donné l'idée d'aller compulser les données de la sonde américano-européenne Cassini, passée à proximité de la Lune sur la route de Saturne, en 1999. Ce passage avait été l'occasion de prendre des mesures pour régler les instruments. La trace d'eau était là, qui attendait que l'on daigne la regarder.

 

Ces trois observations indépendantes tranchent donc la question sans ambiguïté : il y a de l'eau dans les premiers millimètres de la surface lunaire. Mais à quoi ressemble-t-elle ? Elle est adsorbée. Non, vous ne venez pas de déceler une faute d'orthographe. L'explication tient dans ce "d" inusité. Les molécules d'eau ou d'hydroxyl ne sont pas absorbées par les particules de poussière de lune. Elles restent à côté (d'où le préfixe ad) au lieu d'y pénétrer. Elles s'y lient de manière si peu fidèle que dès que la température s'élève, elles s'échappent. L'équipe de Deep Impact a ainsi noté des variations de leur densité selon l'exposition au Soleil.

 

Là s'arrêtent les observations. Pour évoquer l'origine de cette eau, il faut entrer dans le domaine des suppositions. La plus fréquemment avancée implique le vent solaire, ce courant de particules émis par notre étoile. Celui-ci charrie des ions d'hydrogène qui ont pu se combiner, à la surface de la Lune avec l'oxygène contenu dans les minéraux, et former l'eau. "Quelle que soit l'explication, dit Olivier Groussin, associé à la mission Deep Impact, il s'agit bien d'une eau formée en surface, mouvante et renouvelée."

 

Source : Le Monde

Publié dans [Actualité]

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Chaussettes .net 14/11/2009 10:13


 La quantité exacte est encore indéterminée mais on devrait assez rapidement en savoir plus. Le rêve d’une base lunaire permanente sur la Lune vient de se rapprocher de la réalité