Il y a quarante ans : l'alunissage

Publié le par Dimitri Chuard

Le 20 juillet 1969, deux hommes descendent vers le sol lunaire dans un frêle esquif à pattes, commandé par un ordinateur miniature et un pilote d'essai. Manque de carburant, visibilité à l'atterrissage quasiment nulle et site d'atterrissage médiocre et mal connu : les conditions sont réunies pour un crash phénoménal.

Pendant la treizième orbite d'Apollo 11 autour de la Lune, au matin du 20 juillet 1969, en heure de Houston (c'est déjà le soir en France), Neil Armstrong, commandant, et Buzz Aldrin, pilote, disent au revoir à Michael Collins. Revêtus de leurs scaphandres, ils pénètrent dans le module lunaire (LM, Lunar Module, parfois LEM, Lunar Exploration Module), baptisé Eagle. Collins, resté dans le module de commande (Columbia), ferme l'écoutille de son côté. Pour trente orbites lunaires, il est désormais seul à bord du vaisseau spatial. Aucun homme avant lui n'aura été isolé ainsi aussi loin de sa planète...

Il lui reste un travail à faire pour ses camarades. Le LM ne s'est éloigné que de quelques dizaines de mètres et entame une rotation sur lui-même. Collins doit, visuellement, inspecter l'état de la machine. Il est encore temps d'annuler la descente du module lunaire si un problème est détecté. « Soyez prudents, les gars ! » dit-il à ses deux compagnons après avoir constaté l'intégrité du module lunaire.

A l'intérieur de Eagle, Armstrong et Aldrin sont debout et portent une tenue spatiale avec un casque fournissant de l'oxygène pur. Ils sont maintenus par un harnais et, sous leurs pieds, par... du velcro, une belle invention que la Nasa a contribué à populariser.

Aldrin prend une photographie du module de commande Columbia. C'est lui le caméraman, chargé de filmer la descente et Armstrong lui demande si la caméra est bien enclenchée. Houston donne l'ordre et Aldrin démarre le moteur du LM. Le train spatial, dont les orbites successives ont réduit l'altitude, n'est plus qu'à 14,3 kilomètres du sol. Pendant 29,8 secondes, le moteur éloigne le LM de Columbia. Eagle s'inscrit sur une orbite elliptique. Pour l'instant, le LM avance la tête vers l'avant et, toujours dans cette position, entame la descente vers la Mer de la Tranquillité.

L'équipage vérifie une dernière fois le bon fonctionnement des petits moteurs d'attitude, qui donnent le contrôle en roulis et en tangage. Les paramètres sont bons. Houston donne le « Go » pour la manœuvre d'alunissage. A l'époque, tout le monde préférait ce joli terme au commun « atterrissage ». Mais il conduisait inéluctablement à d'improbables amarsissages, avénussissages ou atitanissages, et a dû être abandonné. Cependant, puisqu'il s'agit ici de se replonger dans la réalité du moment, il sera momentanément ressuscité.

Quand l'altimètre radar indique 12 kilomètres d'altitude, Eagle est retourné pour se présenter les pieds vers le sol. L'ordinateur de bord, qui reçoit les données de l'altimètre, commande désormais la descente. Avec la puissance d'une calculatrice des années 2000 – bas de gamme –, il peine un peu. Le LGC (LEM guidance computer) dispose d'une mémoire morte de 36.864 mots (de 15 bits, 16 moins un pour le contrôle) et d'une mémoire vive (Ram) de 2.048 mots.

Le sol est maintenant tout proche. A 1.200 mètres, Charles Duke, CapCom au centre de Houston (c'est lui qui est en direct avec l'équipage), annonce « Go for landing », autrement dit les conditions sont bonnes et l'alunissage est autorisé. Le LM a alors quelques secondes d'avance sur la trajectoire prévue et va donc se poser à l'extrémité de l'ellipse prévue pour l'alunissage.

En même temps qu'il annonce moins de 500 mètres (1.600 pieds), Aldrin indique « alarme 1201 ». L'ordinateur est saturé. « Alarme 1201. Nous sommes Go » réplique Charles Duke, dans le jargon de l'astronautique, directement issu de celui de l'aéronautique. En clair : « on continue ». Face à l'erreur, l'ordinateur, automatiquement, « reboote », selon l'expression aujourd'hui consacrée, et repart en se délestant d'une partie des données...

L'alarme 1201 est toujours là. « Nous sommes Go » répète Houston.

430 mètres d'altitude. Tandis qu'Aldrin est plongé dans la surveillance des écrans de contrôle, Armstrong, lui, regarde dehors et constate que l'appareil se dirige droit vers un cratère d'une centaine de mètres de diamètre.

Le LM doit se poser sur une surface relativement plane. Si la pente est trop forte, il risque de basculer. Même si l'engin reste sur ses pieds, il ne pourra pas décoller si la déclivité dépasse 20%.

230 mètres d'altitude. Armstrong passe en pilotage manuel et remet un peu de gaz pour dépasser le cratère. Il reste soixante secondes de carburant.
Le LM dépasse la zone dangereuse d'environ 350 mètres et s'approche du sol. Un nuage de poussière enveloppe Eagle. Armstrong ne voit plus rien. Aldrin, lui, suit l'altitude, qui se compte désormais en pieds, et la vitesse de verticale, en pieds par seconde (elle est alors d'environ 0,75 m/s et va en diminuant). Il reste trente secondes de carburant.

Une lampe s'allume. Les trois contacteurs sous les pieds du LM viennent de détecter le sol. Le moteur est coupé. Il est 15 h 18 à Houston et 20 h 18 en France. Une voie nasillarde, celle de Armstrong, déformée par la liaison radio, annonce « ici la base de la Tranquillité ». Des hommes sont sur la Lune.

La première occupation des deux astronautes est de vérifier que le LM est en état de repartir. Ensuite, il s'agit de se reposer un peu (les deux hommes ont très peu dormi) mais l'exiguïté du module lunaire, les bruits qu'on y entend et surtout l'excitation interdisent le sommeil. Les astronautes entreprennent donc d'enfiler la tenue de marcheur lunaire, pour sa première utilisation en situation réelle...

Pour les Français, les premiers pas sur la Lune auront lieu le lendemain, 21 juillet, tôt dans la nuit.

 

Source : Futura Sciences

Publié dans [Événement]

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grelots 02/08/2009 14:40

ouveni... en espérant que l'on pourra revivre ça de notre vivant...JM