Pourquoi la NASA vise-t-elle la Lune ?

Publié le par Dimitri Chuard

Voici une copie de l'interview donnée au JDD au sujet de la politique spatiale état-unienne par Francis Rocard (CNES). Il faut en effet savoir que deux sondes décolleront ce jeudi 18 juin afin de préparer le retour de l'homme sur la Lune prévu pour 2020.


"Jeudi, les Américains vont envoyer deux sondes sur la Lune. En quoi consiste cette mission, censée y préparer le retour de l'homme à l'horizon 2020?
La première sonde, LRO (Lunar Reconnaissance Orbiter) a pour mission de cartographier très précisément la surface lunaire et d'y repérer des sites d'atterrissage dans le cadre du retour américain sur la lune prévu pour 2020. En outre, dans sa recherche de glace, elle aura pour intérêt majeur d'utiliser les photons des étoiles - et non du soleil - comme source lumineuse, ce qui devrait lui permettre d'atteindre le fond de cratères en permanence dans l'ombre. La deuxième partie de ce programme consiste en une manipulation assez violente, mais réellement exceptionnelle. Un module va s'écraser au fond d'un cratère du pôle sud, tandis qu'une seconde sonde (LCROSS, Lunar Crater Observation and Sensing Satellite) sera chargée de recueillir des informations sur les particules ainsi dégagées.

Pourquoi les Américains veulent-ils revenir sur la Lune?
Pour tout dire, je ne serais pas surpris que l'échéance de 2020 soit abandonnée. Un audit réclamé par Barack Obama sur la stratégie américaine est actuellement en cours. Nous verrons bien quelles conclusions il en tirera. En tout état de cause, la volonté d'un retour américain sur la Lune résulte d'une crise à la Nasa née de l'explosion de la navette Columbia en 2003. Afin de ne pas enfoncer tout un secteur dans une spirale dépressive, l'administration Bush avait décidé en 2004 de lancer un nouveau programme d'exploration de l'espace, passant par un retour de l'homme sur la Lune. Au-delà de ce but, je pense que la Nasa a surtout le projet d'atteindre Mars. Mais, pour des raisons de maîtrise des coûts, la Maison blanche a mis cet objectif entre parenthèses, préférant que le pays continue à "se faire la main" sur la Lune.

Quarante ans après le premier pas de l'homme sur la Lune, faut-il voir dans cette mission un effet de calendrier?
Non, non, c'est purement conjoncturel. Les deux derniers grands programmes américains, la station spatiale internationale (ISS) et la navette spatiale, ont tourné au désastre: vendue pour 10 milliards de dollars, l'ISS en coûte déjà 100 alors qu'elle n'est pas encore terminée. Quant à la navette spatiale américaine, présentée comme un engin génial, elle s'est finalement révélée extrêmement fragile, coûteuse et dangereuse (*). Au point qu'elle sera abandonnée dès 2010. Dans cette ambiance de lassitude, et poussés par les lobbies, il devenait donc urgent pour les Etats-Unis de redonner du tonus à leur industrie spatiale, qui, au passage, emploie beaucoup de monde. Or, ils n'avaient pas beaucoup de possibilités: après l'orbite basse, il y a la Lune. Puis Mars, à plus long terme...

Concernant l'exploration de la Lune, les Etats-Unis sont-ils en concurrence avec d'autres nations?
Pour l'instant, les Américains n'ont pas de concurrents sérieux. La Chine pourrait l'être d'ici une dizaine d'années, mais il existe un saut qualitatif et quantitatif extraordinaire entre une sortie dans l'espace - que les Chinois maîtrisent - et la conquête de la Lune. D'ailleurs Pékin se garde bien d'annoncer un Chinois sur la Lune. Les autorités se contentent d'une stratégie plus raisonnable, passant d'abord par la construction d'une petite station spatiale et la maîtrise des rendez-vous essentiels.

Et L'Europe dans tout ça?
Pour l'instant, l'Europe réfléchit, sans véritable stratégie: il y a autant de politiques spatiales, qu'il y a de pays. Certains Etats, comme l'Allemagne ou l'Italie, se disent intéressés paru une mission lunaire. C'est moins vrai pour la France et la Grande-Bretagne, essentiellement pour une question de rapport qualité-prix.

(*) Les accidents, pour des défaillances techniques, de Challenger en 1986 et Columbia en 2003 ont provoqué la mort de quatorze astronautes."

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